Le chemin solitaire est le plus dur. Pas le plus facile.
Le monde entier croit que la vie est plus facile quand on travaille uniquement pour soi-meme. Que fournir des efforts pour les autres est une perte de temps. Que le chemin le plus court vers la reussite est le chemin solitaire. C'est faux. C'est demontrablement faux. Et les faits sont accablants.
Un pays qui laisse une partie de sa population dans la misere, qui laisse mourir ses citoyens, qui se construit sur le chacun pour soi, est un pays qui se prive de ressources a tous les niveaux. Des ressources pour produire. Des ressources pour consommer. Des ressources pour innover. Des ressources pour construire.
Ceux qui survivent, ceux qui trouvent leur compte dans ce systeme, croient que leur chemin est plus facile. En realite, ils avancent dans une voie sans issue. Parce qu'un marche interieur faible, c'est moins de clients. Une population mal formee, c'est moins de competences. Une societe fragmentee, c'est plus de criminalite, plus de tension, plus de couts de securite. L'egoisme a un prix — et ce prix est paye par tout le monde, y compris par ceux qui pensent en profiter.
La crise de 2008 : Wall Street s'est ruine en ruinant les autres
En 2008, les banques americaines ont vendu des produits financiers toxiques a des millions de familles qui n'avaient pas les moyens de rembourser. Les banquiers savaient. Les regulateurs ont ferme les yeux. Le systeme a implose.
Resultat : 10 millions de familles americaines ont perdu leur logement. Le PIB mondial a chute de 4 %. Des centaines de banques ont fait faillite. Les contribuables ont paye 700 milliards de dollars pour renflouer les survivants. Et les banquiers qui avaient cree la crise ? Beaucoup ont perdu leur emploi, leur reputation, leur fortune. Certains sont alles en prison.
L'egoisme financier n'a pas enrichi Wall Street. Il l'a ruine. La crise de 2008 est la demonstration la plus spectaculaire de cette loi : quand les plus puissants appauvrissent les plus faibles, le systeme entier s'effondre — et les puissants tombent avec.
Les pays les plus inegalitaires sont les moins performants
L'OCDE publie regulierement des etudes sur le lien entre inegalites et performance economique. Les conclusions sont sans appel.
Les pays les plus inegalitaires — les Etats-Unis, le Bresil, l'Afrique du Sud — sont aussi ceux ou la mobilite sociale est la plus faible, ou la criminalite est la plus elevee, ou les couts de sante sont les plus importants, ou l'esperance de vie stagne ou recule. L'inegalite ne produit pas de la richesse — elle produit de la fragilite.
A l'inverse, les pays les plus egalitaires — le Danemark, la Norvege, la Finlande — sont aussi parmi les plus innovants, les plus productifs, les plus stables. Leurs riches sont riches. Mais leurs pauvres ne sont pas miserables. Et le systeme entier en beneficie : moins de criminalite, moins de depenses de sante, plus d'innovation, plus de confiance, plus de productivite.
L'egalite n'est pas une contrainte sur la richesse. C'est un accelerateur.
Les entreprises liberees : la preuve a l'echelle micro
En France, des entreprises comme Favi, Chronoflex ou Poult ont adopte un modele ou le bien-etre des salaries est au centre de la strategie. Les hierarchies sont aplanies. La confiance remplace le controle. Le salarie n'est pas un cout a minimiser — c'est une ressource a maximiser.
Les resultats sont documentes : entre 15 et 30 % de gains de productivite. Des taux de rotation du personnel proches de zero. Des niveaux d'innovation qui depassent ceux des concurrents. Michelin Clermont-Ferrand, passe aux 35 heures sans baisse de salaire en 1999, est le site le plus productif du groupe vingt ans apres.
Ce n'est pas de l'altruisme. C'est de la mecanique. Quand les gens vont bien, ils produisent mieux. Quand ils produisent mieux, tout le monde gagne plus. L'egoisme qui pressurise les salaries produit du turnover, de l'absenteisme, du desengagement — et in fine, moins de profit.
Le chacun pour soi produit des crises que le tous pour un evite
Les capitalistes croient que c'est en rendant les autres miserables qu'ils gagnent plus. En realite, en tendant les flux a l'extreme, ils finissent par creer des crises. Des crises sociales — gilets jaunes, emeutes, instabilite politique. Des crises economiques — bulles financieres, effondrements de marche. Des crises sanitaires — pandemies amplifiees par la precarite et le manque d'infrastructures.
Evidemment, les plus puissants paient moins les consequences de ces crises. Mais ils ne gagnent pas plus non plus. Ils mettent a risque ce qu'ils ont cru avoir gagne. L'argent stocke dans un paradis fiscal ne vaut rien si le systeme qui le genere s'effondre.
Alors que s'ils oeuvraient pour que tout le monde beneficie de la richesse, ca creerait un environnement ou eux deviendraient encore plus riches — sans rendre les autres malheureux. C'est exactement ce que les pays nordiques demontrent depuis un demi-siecle.